Avant-projets de règlement CEMAC/COBAC: l’Opinion de Dr Paul K. FOKAM

Le Parrain international du modèle MC² a dit être convaincu de ce que si les avant-projets de règlement CEMAC/COBAC sont adoptés en l’état, ils vont plomber définitivement le secteur de la microfinance. C’était en marge de la 29e session du conseil d’administration de l’AMC².

L’Association des MC² et MUFFA (AMC²) a tenu la 29ème session de son Conseil d’Administration le 15 mars 2017 à Yaoundé. Ce rendez-vous statutaire revêtait un caractère particulier, parce que couplé avec la cérémonie de présentation des vœux par les administrateurs de l’AMC² au Parrain international du modèle MC², Dr Paul K. FOKAM.

A l’occasion, l’ôte du jour a tenu un discours pour le moins remarqué. Pour sa communication, le Parrain international du modèle MC² a partagé avec les administrateurs de l’AMC² son opinion sur les projets de règlements publiés en septembre 2016 par la COBAC, devant réguler le secteur de la microfinance en zone CEMAC. Dr Paul K. FOKAM n’est pas passé par quatre chemins pour dire ce qu’il pensait des avant-projets de règlement CEMAC/COBAC. Le chercheur en sciences sociales dit être convaincu de ce que si les avant-projets de règlement CEMAC/COBAC sont adoptés en l’état, ils vont plomber définitivement le secteur de la microfinance au Cameroun en général et le mouvement MC² en particulier. Pour l’orateur, les structures du modèle MC² dont les performances salutaires ont permis de sortir des millions de Camerounais de la pauvreté se trouvent ainsi menacées par le péril d’une réglementation inadaptée. Le Parrain des MC² indique que ces avant-projets s’écartent significativement de la volonté du Chef de l’Etat de faire de la pauvreté un triste souvenir au Cameroun. Ils s’écartent aussi de la logique qui guide la régulation du secteur de la microfinance dans d’autres pays. Ils s’écartent également de la nécessité d’intégrer les us et coutumes dans le processus de création de la richesse en milieu rural ; pour cela, ils plombent toute initiative d’innovation, facteur de survie du mouvement et surtout de l’enrichissement des plus défavorisés.

Le Capitaine d’industries pousse son analyse plus loin, en précisant que la création de richesses dans une société en général et en milieu pauvre en particulier ne peut s’opérer en marge de l’innovation, et elle ne peut non plus prospérer avec une surrèglementation. Les normes précise-t-il, ne sont pas une panacée, elles méritent d’être infléchies pour épouser les exigences de chaque contexte. Il est donc souhaitable qu’elles respectent les réalités sociales et les spécificités culturelles. Il a renchéri en exprimant sa surprise de voir une telle règlementation intervenir sans la concertation des meilleurs experts de la microfinance dans le monde, et surtout sans que l’on sache en quoi la règlementation en vigueur est mauvaise. « On a l’impression que ces textes ont pour but principal de sanctionner et non de corriger, d’étouffer le potentiel et non de favoriser les initiatives individuelles », regrette Dr Paul K. FOKAM.

Bonne année Monsieur le Parrain

L’autre grande articulation de cette rencontre était la présentation des vœux par les administrateurs de l’AMC² au Parrain international du modèle MC². Portevoix de l’ensemble des structures du modèle MC² opérationnelles au Cameroun (116 unités), les Administrateurs, ont dans leur message de circonstance, renouvelé toute leur gratitude et leur reconnaissance au concepteur du modèle MC², Dr Paul FOKAM, pour sa vision, son courage et sa détermination, pour avoir su convaincre plus de 116 communautés d’engager avec lui, le combat titanesque de la lutte contre la pauvreté et la création des richesses avec des ressources endogènes, pour le mieux-être des différentes communautés et du Cameroun en général. Ils ont dit toute leur fierté d’être aujourd’hui comptés parmi les artisans de la construction et de la solidification de ce modèle, devenu une référence internationale dans lutte contre la pauvreté. Comme présent, ils ont remis au Parrain International, un Lion, symbole de ce Guerrier en chef qui encadre ses soldats et donne toujours les meilleures directives pour des combats victorieux. A tour de rôle, les administrateurs ont sacrifié au rituel de la poignée de main accompagné de la phrase consacrée « bonne année Monsieur le Parrain », le tout dans une ambiance familiale.

A propos du modèle MC²

Le modèle MC² est une approche endogène de développement qui permet aux populations, surtout défavorisées, de se prendre en charge et de créer des richesses au travers d’instruments financiers adaptés, afin d’améliorer leurs conditions de vie de manière durable. Ce modèle a été conçu par Dr Paul K. FOKAM avec le soutien technique d’Afriland First Bank et l’ONG ADAF, et se développe dans différentes communautés depuis 1992 (date de création de la première MC²), avec le concours des populations et divers partenaires. Il est basé sur le principe selon lequel : la Victoire sur la Pauvreté (VP) est possible si les Moyens (M) et les Compétences (C) de la Communauté (C) sont mis ensemble (VP = M x C x C = MC²).

A ce jour, les 116 microbanques MC² (Mutuelles Communautaires de Croissance) et MUFFA (Mutuelle Financière des Femmes Africaines) issues de ce modèle et opérationnelles dans les dix régions du Cameroun, permettent aujourd’hui de toucher plus de 1,2 million de personnes (individuellement et à travers groupes et associations). Elles présentent des résultats très appréciés par la communauté nationale et internationale, et différentes études et recherches démontrent clairement son impact très positif sur le développement des communautés dans lesquelles elles sont implantées. Les statistiques montrent que ces institutions ont déjà accordé de manière cumulée près de 187 milliards francs CFA de crédits à leurs membres, dont un peu plus de 40% aux filières agropastorales. Les 116 MC² et MUFFA opérationnelles au 31 décembre 2016 comptent 227.859 membres directs (dont 29% de femmes et 31.900 groupes, associations et coopératives). Ces populations sont devenues propriétaires d’institutions financières dont elles assurent la gestion de manière efficace, et elles ont accès aux services financiers (épargne, crédit, transfert rapide d’argent, assurance, autres services bancaires), et non financiers.

On observe un engouement de plus en plus croissant pour ce modèle qui s’exporte déjà hors des frontières camerounaises. Au-delà du Cameroun, 42 unités sont déjà opérationnelles en Guinée Conakry (une trentaine d’autres projets sont en cours de mise en œuvre), au Libéria, 8 MC² sont déjà opérationnelles et 14 autres projets d’ouverture de MC² sont en cours dans ce pays au 31 décembre 2016. Aussi, une soixantaine de projets de création sont en attente des autorisations administratives dans plusieurs autres pays, notamment en Zambie, en Côte d’Ivoire, en RDC et en Guinée Equatoriale.