Thomas NKOUENKEU: Le PADMIR II mettra un accent sur le financement des chaines de valeur à travers des produits financiers adaptés.

Après avoir évoqué les réalisations, l’impact et les leçons tirées de la phase I du PADMIR, le Coordonnateur National précise ici les nouvelles orientations du PADMIR (Projet d’Appui au Développement de la Microfinance Rurale)  phase II qui a démarré  en janvier 2017.

Monsieur le Coordonnateur National, pouvez-vous nous présenter brièvement le PADMIR ?

Le Projet d’Appui au Développement de la Microfinance Rurale (PADMIR) a été mis en œuvre en 2010 par le Gouvernement avec l’appui du Fonds International de Développement Agricole (FIDA). Le PADMIR a pour objectif général de contribuer à l’allègement de la pauvreté dans la zone du projet par l’augmentation des revenus et la consolidation de la sécurité alimentaire des populations cibles. Le projet ciblait 62 000 petits producteurs en milieu rural dont les femmes et les jeunes, qui ont tous un accès limité aux services financiers formels et aux informations et technologies appropriées pour améliorer leurs systèmes de production et leurs revenus. La zone d’intervention couvre cinq (05) Régions à savoir : le Centre, l’Extrême Nord, l’Ouest, le Nord et le Nord-Ouest. L’Unité de Coordination du projet est basée à Yaoundé avec une antenne à Maroua. Effectif depuis le 07 mai 2010, le projet devait s’exécuter sur une période de six ans, avec un achèvement le 30 juin 2016 et la clôture le 31 décembre 2016.

Quelles sont les principales missions du PADMIR ?

Le PADMIR visait principalement l’amélioration de l’environnement du secteur de la microfinance et la facilitation de l’accès des populations rurales à des services financiers adaptés à leurs besoins et à des conditions abordables. L’action a donc consisté à renforcer les capacités techniques et humaines des EMF partenaires pour les rendre professionnels, viables et pérennes de manière à ce qu’ils puissent servir plus et mieux les populations rurales.

Quelles sont les principales réalisations du PADMIR ?

Les bénéficiaires directes des réalisations du PADMIR sont des Etablissements de microfinance implantés dans la zone d’intervention du projet. Le PADMIR accompagne ces EMF sur le plan structurel, organisationnel et opérationnel. Ils sont aujourd’hui 310 avec qui nous collaborons dont 55 qui ont été créés avec l’appui du PADMIR. Nous les avons également accompagnés dans la construction de 39 bâtiments et l’aménagement de 25 bâtiments. Nous avons appuyé le processus de restructuration de 3 réseaux d’EMF. En matière d’équipement, le PADMIR en réponse aux besoins exprimés, a doté les EMF partenaires d’un ensemble de matériels qui comprennent entre autres, les motos, les ordinateurs, les coffres-forts, les plaques solaires, etc. Sur le plan informatique, nous avons appuyé l’informatisation de 3 réseaux d’EMF, 25 caisses et l’interconnexion de 18 caisses. Nous avons appuyé nos EMF partenaires à l’élaboration et la mise en œuvre d’une stratégie genre. Pour ce qui est des formations, nous avons organisé 250 sessions de formation, qui ont permis de former plus de 8000 personnes aussi bien les membres que le personnel et les élus des EMF partenaires. Ces formations ont porté entre autres sur l’éducation financière, le montage de projet, la gouvernance, la gestion des crédits, l’analyse financière, le développement de nouveaux produits, etc.

En matière d’accès aux services financiers, outre le crédit moyen terme à travers le Fonds de facilitation, d’autres produits financiers ont été développés à travers un appui aux EMF dont notamment : Le microleasing, le crédit de groupe, le crédit engrais, le crédit intrants, le crédit warrantage, le cautionnement mutuel.

Une de vos innovations a été la création et la mise en œuvre d’un Fonds de facilitation, pouvez-vous nous en dire plus?

Le Fonds de facilitation vise à permettre à des entrepreneurs ruraux, individuels ou collectifs, d’accéder aux crédits à moyen terme auprès des EMF, à des conditions abordables pour les investissements le long des chaînes de valeur agropastorales. Le Fonds de facilitation refinance les EMF sur des périodes allant de 18 à 60 mois. Au 30 juin 2016, soit 22 mois après sa mise en place, environ 85 points de service appartenant à 29 EMF partenaires du PADMIR ont été sélectionnés pour mettre en œuvre le crédit moyen terme. Le montant total cumulé des financements autorisés s’élevait à 990 millions F CFA pour 97 prêts autorisés au profit de 783 bénéficiaires à la base. 25% de ces bénéficiaires sont des femmes et 35% des jeunes. Il y a eu un atelier de capitalisation qui nous a permis de tirer un certain nombre d’enseignements, de prendre en compte les préoccupations des partenaires, et de lever un certain nombre de contraintes si bien qu’en 2017, les activités vont reprendre avec une autre configuration qui vise à faire du fonds, un instrument autonome et fédérateur de financement des activités économiques en milieu rural. Pour optimiser l’efficacité des financements à travers le fonds, le PADMIR va beaucoup collaborer avec d’autres projets financés par des bailleurs de fonds.

Parvenu au terme de la phase 1 de ce projet, quelle évaluation faites-vous de l’impact des activités du PADMIR sur sa cible ?

On ne peut pas encore parler véritablement d’impact car le projet n’est pas encore achevé. Mais si l’on se réfère à quelques résultats obtenus, on note quelques effets positifs chez les bénéficiaires des crédits, membres des EMF partenaires, comparativement aux non-membres. Nous avons récemment mené avec l’appui technique de la Direction des Enquêtes et des Statistiques Agricoles, une enquête sur la mesure d’effets auprès des membres/clients des EMF partenaires du PADMIR sur la période de 2013 à 2016. L’enquête révèle entre autres que, 47,7% des ménages membres ont connu en majorité une augmentation de leurs revenus alors qu’ils sont en diminution chez environ 1/3 des ménages non-membres. Un autre indicateur, est la forte réduction du taux d’utilisation de la lampe à pétrole chez les membres dont la proportion est passée de 32,5% en 2013 à 12,7% en 2016. Les ménages membres semblent mieux lotis par rapport à 2013. En effet, 47,9 de ces derniers ont des murs construits en parpaings ou en briques cuites en 2016 alors qu’ils n’étaient que de 40,8 en 2013. Par ailleurs, 10% des ménages membres possèdent un véhicule contre seulement 3,8% des ménages non-membres. Rien qu’en se limitant à ces quelques indicateurs et en attendant qu’une étude approfondie soit menée, nous avons des raisons de croire que l’impact sur la cible est positif.

Quelles leçons tirez-vous de cette expérience ?

Plusieurs leçons sont à tirer dont la principale est le « fait faire » qui est une expérience couronnée de succès. En effet, le PADMIR dans son approche n’agit pas directement auprès des bénéficiaires finaux que sont les producteurs ruraux, mais passe par des intermédiaires que sont les EMF, les différentes Administrations comme le PNVRA du MINADER/MINEPIA, le MINFI, et nous pensons que c’est une approche efficace qu’il faut capitaliser car chacun joue son rôle à travers des appuis supplémentaires du projet et ce dernier ne se substitue pas à eux.

Une autre leçon est qu’il faut développer de nouveaux produits financiers adaptés qui répondent aux besoins spécifiques des différents entrepreneurs ruraux. Donc, il faut adapter le financement à chaque type d’activité et ne plus loger tout le monde dans la même enseigne.

Toujours comme leçon, nous sommes séduits par l’efficacité de l’approche de financement des chaines de valeur qui, non seulement permet de financer plus de petits producteurs, mais offre plus de garantie de remboursement du crédit qui peut être directement recouvré chez l’industriel qui achète la production.

Il faut également une synergie d’action entre les différents projets qui interviennent en zone rurale pour plus d’efficacité.

En perspective, c’est quoi l’avenir du PADMIR ?

L’avenir du PADMIR est dans le PADMIR II qui a été créé par le MINADER depuis le mois de juillet 2016 sous instigation du MINEPAT. Le PADMIR II démarrera en janvier 2017 pour une durée de 7 ans et couvrira toutes les 10 régions du Cameroun. Le PADMIR II sera orienté principalement sur le financement. Donc, en fonction des besoins de financement identifiés, on va sélectionner les EMF les plus aptes à offrir ces services à la population-cible. Ces financements se feront à travers le fonds de facilitation qui ne va plus se limiter aux crédits moyens terme, il va aussi couvrir les crédits de court terme. Les EMF seront encouragés dans le développement de nouveaux produits financiers adaptés à leurs clients. Par ailleurs, pour accroitre la bancarisation en milieu rural, un accent sera mis sur le mobile banking et le mobile money à travers les EMF avec en plus, un renforcement de l’éducation financière auprès des populations rurales.

propos recueillis par Dubois Elie Kemgang