Inclusion financière : Enjeux et Risques

L’enjeu dans le cadre de l’inclusion financière est non seulement de faciliter l’accès aux services financiers, mais aussi et surtout de s’assurer de l’utilisation de ces services, et veiller à ce qu’ils puissent avoir un impact positif et significatif sur le bien-être des bénéficiaires.

A propos de l’inclusion financière, l’ancien Secrétaire Général des Nations Unies, Kofi Annan, disait en 2003 que : « la dure réalité reste que la plupart des populations les plus pauvres n’ont pas encore accès à des services financiers pérennes et viables, qu’il s’agisse d’épargne, de crédit ou d’assurances. L’enjeu essentiel sera donc pour nous d’éliminer les contraintes qui excluent les plus démunis d’une pleine participation au secteur financier … Ensemble, nous pouvons et nous devons mettre en place des secteurs financiers inclusifs qui aident les gens à améliorer leurs conditions de vie ».

Pour inclure cette population, qui est estimée aujourd’hui à deux milliards (dont une bonne partie en Afrique Subsaharienne), les Nations Unies se sont engagées dans le cadre des Objectifs de Développement Durable (2016-2030) à ce que tous les hommes et femmes, en particulier les pauvres et les personnes vulnérables, aient les mêmes droits aux ressources économiques et qu’ils aient accès à des nouvelles technologies et des services financiers adéquats, y compris la microfinance.

Le Président du Groupe de la Banque Mondiale, Jim Yong Kim, dans ce sens, a lancé le défi mondial de « l’accès financier universel d’ici à 2020 ». S’agissant de l’inclusion financière des pauvres à proprement parler, il convient de noter que depuis un peu plus d’un siècle, ce processus avait été engagé de manière formelle avec le mouvement coopératif (les Raifeisen et Volksbanken en Allemagne), puis le microcrédit avec le modèle Grameen Bank dans les années 70s, le modèle MC² dans les années 90s, et plus récemment, les innovations technologiques et financières apportées par les Fintech donnent tout une autre dimension, et accélèrent l’inclusion de ces populations exclues des systèmes financiers classiques.

Apport des nouvelles technologies

Au Kenya et au Cameroun par exemple, on note que ces innovations permettent qu’aujourd’hui, plus de 70% de kenyans et 35 % de camerounais de plus de 15 ans utilisent leur téléphone portable pour effectuer leurs opérations financières. Ces innovations ont ainsi permis un développement très important de l’émission de la Monnaie Electronique, du Mobile Banking et Mobile Money dans le monde, dont l’Afrique qui innove de plus en plus dans ce domaine.

L’enjeu dans le cadre de l’inclusion financière est non seulement de faciliter l’accès aux services financiers (en réduisant les obstacles à l’ouverture des comptes), mais aussi et surtout de s’assurer de l’utilisation de ces services (qui doivent être adaptés et de bonne qualité), et veiller à ce qu’ils puissent avoir un impact positif et significatif sur le bien-être des bénéficiaires.

De nombreux pays ont adopté des stratégies nationales de finance inclusive. La stratégie définie au Cameroun vise : (1) l’amélioration de la qualité et de la disponibilité de l’offre en vue de satisfaire durablement les besoins en services financiers des populations, (2)  l’amélioration des performances sociales des EMF et de la protection des membres/clients, et (3) l’amélioration de l’environnement législatif, réglementaire, institutionnel et fiscal du secteur de la microfinance.

De nombreux défis

L’innovation technologique et financière qui accompagne désormais l’inclusion financière, va sûrement contribuer à la globalisation financière. Tout cela va nécessiter des ressources financières et humaines importantes pour s’arrimer et maîtriser les enjeux. Elle va également exposer les bénéficiaires à des risques de plus en plus importants et complexes en matière de sécurité de données (fraudes, cyber criminalité, etc.). Si des mesures importantes de protection ne sont pas prises, les crises financières risquent de n’épargner personne à l’avenir, les infrastructures financières de proximité pourront disparaître; ce qui pourra priver les usagers de conseils et de suivi en matière financière, réduire la mobilisation de l’épargne locale, les pauvres et les nombreuses populations risqueront d’être enchaînés au système d’endettement global, et les pays perdront le contrôle de leur système financier, etc.

Les institutions de régulation au niveau des pays doivent suivre le rythme, sinon l’implication des divers autres acteurs (sociétés de téléphonie, les GAFAM[1], BATX[2], etc.), bien qu’offrant des opportunités, pourront en même temps être des menaces importantes pour les systèmes financiers nationaux. Des dispositions doivent être prises pour l’éducation financière des pauvres, et leur protection devrait passer par  la conception appropriée des produits et canaux de distribution, la prévention du surendettement, la transparence, la tarification responsable, l’assurance d’un traitement juste et respectueux des clients, la confidentialité des données, et la mise en place des mécanismes efficaces de traitement des plaintes[3].

[1] GAFAM : Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft).

[2] BATX : Baidou, Alibaba, Tencent, Xiaomi.

[3] Principes de protection des clients définis par le SMART Campain.