finance inclusive: Un grand défi pour les populations rurales au Cameroun.

Plus de 50 pays en développement, dont le Cameroun, se sont engagés vis-à-vis des cibles de l’inclusion financière. Le Gouvernement camerounais a dans ce sens adopté et lancé depuis près de trois ans la Stratégie Nationale de la Finance Inclusive (SNFI).

La finance inclusive fait aujourd’hui l’objet d’une préoccupation modiale. Kofi Annan, Secrétaire Général de l’ONU disait en 2003 que : « la dure réalité reste que la plupart des populations les plus pauvres n’ont pas encore accès à des services financiers pérennes et viables, qu’il s’agisse d’épargne, de crédit ou d’assurances. L’enjeu essentiel sera donc pour nous d’éliminer les contraintes qui excluent les plus démunis d’une pleine participation au secteur financier … Ensemble, nous pouvons et nous devons mettre en place des secteurs financiers inclusifs qui aident les gens à améliorer leurs conditions de vie. ».

Le Président du Groupe de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, a dans la vision de Kofi Annan lancé le défi mondial de « l’accès financier universel d’ici à 2020 ». un objectif qui vise à booster l’inclusion financière. Les différents Etats du monde, membres des Nations Unies ont, lors de l’assemblée générale de cette organisation en septembre 2015, adopté les Objectifs de Développement Durable (ODD) pour la période 2016-2030, qui dans son premier objectif, vise à « mettre fin à la pauvreté, sous toutes ses formes, partout » et dans la cible 1.4 de cet objectif n°1, voudrait « d’ici à 2030, faire en sorte que tous les hommes et toutes les femmes, en particulier les pauvres et les personnes vulnérables, aient les mêmes droits aux ressources économiques et qu’ils aient accès aux nouvelles technologies et à des services financiers adéquats, y compris la microfinance ». Plus de 50 pays en développement, dont le Cameroun, se sont engagés vis-à-vis des cibles de l’inclusion financière. Le Gouvernement camerounais a dans ce sens adopté et lancé depuis près de trois ans la Stratégie Nationale de la Finance Inclusive (SNFI). Cette SNFI se décline en trois axes stratégiques avec des opportunités à saisir : (1) l’amélioration de la qualité et de la disponibilité de l’offre en vue de satisfaire durablement les besoins en services financiers des populations ; (2) l’amélioration des performances sociales des EMF et de la protection des membres/clients, et (3) l’amélioration de l’environnement législatif, réglementaire, institutionnel et fiscal du secteur de la microfinance.

Les populations défavorisées, et particulièrement celles vivant dans les zones rurales camerounaises se sont engagées depuis plusieurs décennies dans la mise en œuvre de cette finance inclusive en créant et en gérant des Etablissements de microfinance (EMF), dont des structures du Modèle MC², afin de se prendre en charge et améliorer leurs conditions de vie. Les statistiques montrent aujourd’hui que ce sont un peu plus de deux millions de personnes qui sont touchées. Alors que ces populations attendaient des encouragements, on note malheureusement depuis un certain temps, des contraintes et des obstacles qui se dressent de plus en plus sur leur chemin, et dont les plus importantes sont d’ordre fiscal et réglementaire.

Sur le plan fiscal, la Loi des finances 2018 a maintenu l’assujettissement des EMF de 1ère catégorie à l’impôt sur les sociétés (introduite en 2015), et institue la TVA sur les crédits de plus de deux millions de francs CFA octroyés par les EMF de 1ère catégorie à leurs membres. Or, en zone rurale, les populations défavorisées, qui ne disposent pas de garanties, se regroupent généralement en GIC, associations et coopératives de producteurs pour solliciter des crédits dont les montants sont le plus souvent supérieurs à deux millions de francs CFA, mais rapportés au niveau des membres individuels dépassent rarement 100 000 FCFA. Cette situation est difficilement compréhensible dans la mesure où par le passé, ces institutions étaient exonérées de ces taxes et impôts comme un peu partout dans d’autres pays africains et sur d’autres continents. Elle vient ruiner davantage la base financière de ces EMF déjà fragiles, limiter leur capacité à octroyer des crédits à leurs membres, et renchérir de près de 20% le coût des crédits aux ruraux. Ces populations défavorisées risquent d’être exclues du système financier formel, ce qui est contraire à la stratégie mise en place par le Gouvernement. Celui-ci devrait ici réexaminer cette situation et apporter le cas échéant les corrections nécessaires.

Sur le plan réglementaire, le règlement CEMAC/COBAC régissant l’activité de microfinance est assez rigide et contraignant pour les populations rurales. Les procédures sont très complexes, longues et coûteuses. Plusieurs EMF ruraux en création, après leurs assemblées générales constitutives ont du attendre plus de deux ans pour obtenir l’agrément nécessaire pour exercer, et d’autres projets ont tout simplement été ruinés et stoppés nets suite au découragement des populations, privant ainsi celles-ci d’un outil indispensable à l’amélioration de leurs conditions de vie, et les excluant du processus de développement. Les aménagements de cette règlementation qui sont annoncés, bien que visant à assurer une plus grande sécurité du secteur (selon la COBAC), risquent, si rien n’est fait, de durcir davantage les conditions, et ainsi exclure davantage les ruraux du système financier formel. La COBAC devrait améliorer sa compréhension de la finance rurale, et le Gouvernement devrait de son côté être assez vigilant, et demander les ajustements nécessaires.

Malgré les difficultés évoquées ci-dessus, qui risquent de créer des dommages énormes, les structures du modèle MC² poursuivent leur chemin ainsi parsemé d’embuches. On note un engouement de plus en plus croissant pour ce modèle, tant au niveau national qu’à l’international.